Parole de GEIQ : l'ensemblier Vign'Emploi au service de la vigne.
Dans notre région, certains Groupements d’Employeurs font le choix de se concentrer entièrement sur un seul secteur. C’est le cas de Vign’Emploi. Cet ensemblier, qui regroupe un Groupement d’Employeurs pour l’Insertion et la Qualification (GEIQ) créé il y a 15 ans et un Groupement d’Employeurs (GE) créé il y a 11 ans, se consacre exclusivement aux métiers de la vigne et de la cave. Marc Jeannoutot, son directeur, nous explique comment sa structure répond aux réalités du terrain.
Quelle est la réalité du secteur de la vigne et de la cave sur vos territoires ?
Vign’Emploi couvre un grand périmètre : l’ensemble de l’Hérault, le sud du Gard (autour de Corconne) et le nord de l’Aude (Carcassonne, Narbonne).
Aujourd’hui, la viticulture subit de plein fouet les aléas climatiques. La météo est devenue imprévisible avec des conséquences lourdes pour les domaines, ce qui rend le recrutement particulièrement complexe pour les exploitants.
Quelle est votre solution sur le terrain ?
« Souvent, les viticulteurs n’ont pas leur propre cave et envoient leur raisin en cave coopérative », rappelle Marc Jeannoutot.
Pour leur prêter main-forte, l’ensemblier s’appuie sur la mise à disposition partagée. Cette gestion sur-mesure permet à un salarié “d’avoir un temps plein et de valider leur diplôme, en travaillant chez 2 à 5 viticulteurs différents. Ils partagent leur temps entre les vignes et les caves coopératives. Cela demande une grande adaptabilité car les plannings changent souvent au rythme de la nature. »
Cette organisation suit le fil des saisons :
- Mars – Avril : Recrutement pour les travaux de printemps dans les vignes
- Août : Vinification en cave (où l’on forme les cavistes)
- Automne – Printemps : Les équipes s’occupent de la taille d’hiver et apprennent à conduire les tracteurs.
Aujourd’hui, la structure compte une dizaine de salariés en CDI et une quinzaine de saisonniers au GE. Le GEIQ, lui, accueille entre 15 et 33 salariés au plus fort de la saison.
Comment expliquez-vous la complémentarité entre un GEIQ et un GE ?
L’esprit de Vign’Emploi repose sur la formation, l’insertion et la pérennisation des emplois. Contrairement à de l’intérim classique, le groupement propose un vrai suivi social et un accompagnement quotidien sur le terrain avec l’aide de ses partenaires comme France Travail, les missions locales et les syndicats d’appellation (AOP).
Le GEIQ et le GE fonctionnent comme des passerelles :
- Le GEIQ forme grâce au CQP d’agent viticole. Il se prépare en deux contrats de professionnalisation successifs de 6 mois, un format court qui sécurise le parcours et limite les abandons.
- Le GE prend le relais pour stabiliser les salariés et parfois proposer des CDI.
Le GE sait aussi s’adapter au marché. Il teste des contrats saisonniers avec un seul module de formation (dispositif « boost compétences » avec Ocapiat) pour mettre un premier pied dans la formation avant d’intégrer le GEIQ plus tard. Et si un candidat arrive en dehors des périodes de formation du GEIQ, le GE peut l’embaucher tout de suite sur un contrat saisonnier pour faire la transition.
Quel message aimeriez-vous envoyer aux candidats qui hésitent encore à s'engager dans les métiers de la vigne via votre structure ?
En ce qui concerne le recrutement, Vign’Emploi privilégie la motivation au CV. « Nous recrutons tous types de profils », précise Marc Jeannoutot. « Un CV très sommaire n’empêche rien. On regarde avant tout la motivation et la capacité à occuper le poste. En revanche, certains prérequis sont indispensables quand les missions l’exigent : disposer du permis de conduire lorsque les déplacements font partie du travail, et être en mesure de comprendre les consignes de sécurité ainsi que les informations nécessaires à la manipulation des produits phytosanitaires. C’est une question de sécurité. »
Pour fidéliser ses équipes, l’ensemblier refuse les rythmes excessifs et respecte strictement le droit du travail (60 heures maximum en période de cave avec dérogation, puis 38 à 40 heures le reste de l’année). De sa propre initiative, la structure revalorise aussi la paye de ses saisonniers les plus fidèles.
Le message pour les candidats est clair et plein d’espoir : la viticulture offre du travail pour les 10 ans à venir en raison des nombreux départs à la retraite. C’est un métier très polyvalent. On y apprend à tailler, à conduire des engins et à gérer une cave. Ces compétences permettent d’évoluer dans le secteur (chef de cave, œnologue) ou de se diriger vers l’agroalimentaire ou le BTP.
Si vous deviez rassurer un exploitant agricole ou un directeur de cave qui a peur de perdre le contrôle sur son recrutement en passant par un tiers, que lui diriez-vous ?
Les viticulteurs et cavistes ont parfois peur de perdre le contrôle en passant par une structure extérieure. L’équipe de Vign’Emploi sait comment les rassurer. Elle prent tout en charge (sourcing, sélection, entretiens, gestion administrative, formation) ce qui soulage énormément les entreprises.
L’adhérent garde le dernier mot. Même si le salarié commence toujours par une période d’essai de 15 jours à un mois sur l’exploitation, c’est le viticulteur qui pilote le travail au quotidien et valide lui-même, à la fin de l’essai, si le profil lui convient.
Grâce au partage des salariés, les plannings s’adaptent aux besoins réels et au budget de chaque domaine. Pour trouver de nouveaux adhérents, Vign’Emploi compte principalement sur le réseau local, la FDSEA, les syndicats d’AOP et le bouche-à-oreille. En associant la flexibilité pour les domaines et la sécurité pour les salariés, l’ensemblier montre que le temps partagé est une solution concrète pour l’avenir.